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Antoine, le 26/11/2011

La Playlist de la semaine : IDM

Après une semaine d'absence impardonnable nous revoilà comme prévue avec une playlist consacrée à l'IDM . La première question que certains se posent sûrement est : "qu'est-ce que l'IDM?" Encore un truc pompeux consacré à une poignée de types branchés qui déballent leur pseudo-culture musicale en soirée... Et bien non, c'est justement tout l'inverse et c'est pour ça que ce genre nous tient à coeur, l'"intelligence dance music" remonte justement aux sources et à la naissance de la musique électronique, elle est nordique, souvent britannique , elle se veut parfois assez sombre et privilégie l'écoute plutôt que le clubbing. C'est avant tout une musique déroutante, aux multiples visages et déclinaisons, ce n'est pas une musique populaire, mais elle n'est pas non plus savante. De grands noms en ont écrit les lettres d'or comme Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada ou encore Squarpusher. Nous éviterons ces classiques pour cette playlist, car leurs noms sont largement cités sur la toile et nous tenterons plutôt de nous orienter vers les dernières découvertes...Comme souvent les exemples valent plus que les mots:

Badun- Ef10 (Balkansky remix)

Il peut paraître étrange d'introduire un artiste par un remix, mais cette track retravaillée par Balkansky illustre précisément le visage de son paysage musical et correspond parfaitement pour comprendre l'Idm. L'album The Temple, sorti le mois dernier, révèle une ambiance skysophrène par ses variations et son découpage, en effet l'opus est divisé en quatre parties : mind, body, soul et spirit. On y retrouve alors différentes ambiances, la chanson ci-dessous sonne comme une ballade, un apaisement (elle se situe d'ailleurs dans la partie Mind) alors que d'autres tracks feront vibrer votre casque par leur profondeur comme "pollution" qui dévoile une véritable noirceur dans la partie "soul". Balkansky signe ici un véritable autoportrait, un chemin à travers ses perceptions qui ne laissera personne indifférent. Un bémol sur certaines tracks beaucoup trop dubstep comme "koi" qui n'ont pas trop d'intérêt sur l'album.

Slidecamp-Geometer

Des personnes comme Lady Gaga nous sortent un album par semestre, à croire qu'elle les chie et vu ce que ça donne cela ne m'étonnerait pas, alors que certains artistes mettent cinq ans à produire leur premier opus: Slidecamp et leur album éponyme en sont l'exemple. Ce duo comportant un des membres de The Glitch Mob est pourtant fort en expérience et nous montre ici toute l'implication que nécessite un bon album d'IDM. Une oeuvre atmosphérique qui révèle une rare cohérence: les tracks nébuleuses s'enchaînent, soutenues par des nappes qui impriment leurs traînées sur l'oreille de l'auditeur, les espaces s'immensifient et l'expérience se révèle incroyable. Slidecamp produit une musique onirique, une véritable fenêtre sur leurs inspirations. (L'album coûte 7$ : http://slidecamp.bandcamp.com/)

Sound Wave Pressure-Hypocrisy

On reste dans l'IDM bien planante avec le projet de deux Ukrainiens qui ont déjà roulé leur bosse: r.roo et Sitreus. Avec un album qui s'intitule Prozac il ne fallait évidemment pas s'attendre à de la pop californienne, le groupe signe ici un disque volontairement organique, les nappes de piano sont coupées par des percussions finement étudiées qui font varier les tracks de manière exceptionelle: les breaks s'enchaînent et pulsent doucement, soulignés par des samples vocaux qui font de l'album un opus intriguant voir inquiétant. Une IDM poétique qui nous replongent dans des inspirations lointaines comme Ez3kiel, Cinematic Orchestra ou encore AFX. Le seul regret qu'on peut avoir en écoutant ce morceau c'est le nombre de vues sur Youtube...

DNN-Things wich stay

DNN nous offre ici l'album When Things Stop to Move, un opus résolument nostalgique qui traite le sujet du souvenir et de l'empreinte laissée par certaines expériences fortes. Cet album en est une, véritable jongleur entre le glitch et les nappes étirées, DNN transpire ici une IDM où la joie et la tristesse s'affrontent, où la poésie des instrumentales est heurtée par des percussions lancinantes et obscures. Les beats sont dessinés, les crépitements s'insinuent entre le snare et la basse pour donner une rare intensité aux morceaux...Parfait!

Space Dimension Controller-Usurper

Il est désormais temps d'aborder un tout autre aspect de l'IDM, beaucoup plus "traditionnel" mais aussi beaucoup plus violent. L'IDM c'était avant tout une musique (faussement)chaotique née dans les clubs de Bristol ou du nord de l'Angleterre, fortement liée à la drogue notamment avec Aphex twin et toute la déferlante de la "Chemical Generation" anglaise dans les années 90. Space Dimension Controller a conservé cet aspect plus underground, beaucoup plus hardcore et l'a reformulé en l'orientant vers des beats clairement techno tout en conservant cette folie dans l'enchaînement des percussions et la basse fréquence des nappes omniprésentes malgré le vacarme. Un excellent renouveau susceptible peut-être de ramener l'IDM dans les clubs !

Plaid-Upgrade

Dans une playlist sur l'IDM, comment passer à côté du label Warp? Boards of Canada, Autechre,Aphex Twin, Squarpusher et j'en passe, tous ces artistes portés par le label Warp sont les piliers et les fondements de l'IDM. Signé sur le label depuis 1991, Plaid, du haut de leurs 10 albums, nous livre le mois dernier leur dernière pépite: Scintilli. Forts de leurs collaborations avec les plus grands et de leurs fortes influences ils sortent un album réunissant toute la cuisine du terroir de l'IDM des années 90: des synthés qui partent en couille, des percussions hystériques et toujours une nappe enveloppante. Une musique efficace, mais qui reste frustrante pour les fans de la première heure, car depuis 20 ans Plaid peine à se renouveler. Upgrade reste une track magnifique, sûrement une des meilleurs du dernier album.

Aphex Twin-4

Mes doigts me brûlent depuis le début de l'article, je voulais avant tout faire un petit tour du nouveau paysage de l'IDM, essayer de faire un peu de pub à un genre riche mais aujourd'hui peu médiatisé, car certains artistes n'ont parfois pas la place qu'ils méritent. Lorsque les cartes ne sont pas équitablement réparties il faut savoir surprendre, étonner, déstabiliser pour renverser le phénomène. C'est ce qu'a provoqué l'avènement d'Aphex Twin, une onde de choc s'est abattue sur la scène underground de Grande Bretagne puis d'Europe en 1995 avec l'album "I Care because I Do". Aphex Twin débarque avec une musique d'un autre monde, mais aussi avec une histoire qui laissera place à une légende: des parents qui se rencontrent en hôpital psychiatrique, un père amateur de Lsd, l'absence d'un frère mort-né le tout avec en arrière plan une enfance dans le trou du cul de l'Irlande. À 14 ans Richard D James (de son vrai nom) accumulait des centaines de cassettes audio sur lesquels ils enregistraient toutes sortes de sons: morceaux joués sur un piano qu'il avait désaccordé à coup de marteau, bruits de machines et autres crépitements divers. Au-delà de tout conformisme, il jouait avec les dissonances, les mettant en forme pour trouver une harmonie dans tout ce bordel. Aphex Twin est l'exemple d'un autisme musical, d'une expression si libre qu'elle a touché chaque auditeur, du néophyte au plus aguerri. Richard D James Album (d'où est tirée la track "4") ainsi que Drukqs seront les deux albums qui formeront la bande son d'une véritable expérience musicale.

Vous l'aurez compris, ce genre qu'est l'IDM nous tenait particulièrement à coeur, cette playlist est loin d'être exhaustive compte tenu de l'infinité des interprétations que l'on peut faire de ce style. Une fois n'est pas coutume je vous propose une petite rallonge de quelques titres afin de poursuivre la découverte. La semaine prochaine (sans fautes) la playlist sera axée sur le Hip-Hop. D'ici là, bonne écoute!

Boards of Canada-Roygbiv
Autechre-Rale
Dragoide-Proximacentauri
Leila-Mettle
Amon Tobin-Easy Muffin
Flying Lotus-1983 (et Zodiac Shit par la même occasion)
Aphex Twin-Vordhosbn

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