JB (04 Octobre 2011)

La vulgarisation scientifique dans nos médias

La vulgarisation est définie par Larousse comme étant l' « action de mettre à la portée du plus grand nombre, des non-spécialistes des connaissances techniques et scientifiques ». Il s'agit donc d'expliquer la science aux personnes n'y étant pas intimement liées, et ne participant pas à son évolution. Tâche ardue, il est vrai, tant les degrés de connaissance scientifique varient d'une personne à l'autre, et tant les idées véhiculées dans notre société sont parfois erronées. Comment les médias nous font-ils voir la science, et comment s'en servent-ils ? Comment doit-on gérer l'équilibre entre vérité scientifique et compréhension par le public ?

Quand je pense science et médias, les premières choses que je vois sont sans doute Fred et Jamie dans leur 35 tonnes, ou mes numéros mensuels de Science et Vie Junior. Mais force est de constater que les sujets scientifiques ne sont que trop rarement mis en lumière, que ce soit à l'écran ou sur papier. Dans son bulletin d'information 2010, l'ina souligne que l'information scientifique n'a représenté en 2009 que 1,8% de toute l'offre d'information des journaux télévisés. En clair, et ce depuis 10 ans, aucune chaîne n'y consacre plus de 3% de son JT. Pourquoi ce désintérêt ? Certes, à première vue, les sciences peuvent sembler rébarbatives. Nombreux sont ceux pour qui les souvenirs de trop longues heures passées en cours de mathématiques ou de physique, à résoudre des équations différentielles ou à essayer de deviner dans quel sens vont ces satanés électrons, sont douloureux. Mais certaines questions existentielles, sur l'origine et l'avenir de l'homme, la compréhension de notre monde, de notre environnement ou de notre corps, ne méritent-elles pas un temps d'antenne plus important ? Cette même étude de l'ina précise que les sujets principalement abordés touchent à l'environnement, l'astronomie, la santé, le nucléaire. Effectivement, nul ne s'est autant intéressé à la virologie que lors de la « pandémie » de grippe A(H1N1). Force est de constater que la plupart des fois où les médias font appel aux scientifiques, c'est lorsque la situation mondiale est critique (marées noires, épidémies, fuites nucléaires, etc.). Et concrètement, on pose aux scientifiques toujours la même question : est-ce qu'on va tous y passer ? En aucun cas la science et les scientifiques n'ont pour fonction de rassurer. La méthode scientifique vise à établir des connaissances objectives sur le monde réel. Espérer une réponse précise, c'est déjà biaiser la question posée, et l'interprétation de cette réponse. Les faits sont ce qu'ils sont, et la science ne peut en produire sur commande.

Même si la science vise, plus ou moins directement, à l'épanouissement de l'être humain et à l'amélioration de la société (tant sur le plan matériel que spirituel), la société ne devrait s'intéresser à la science que pour elle-même, et ne la prendre que pour ce qu'elle est, sans déformation. Ne soyons pas défaitistes, certains médias s'intéressent à l'actualité scientifique, et sont de bonne facture en matière de vulgarisation. Parmi ceux-ci, citons les émissions TV « e=M6 » (M6), « C'est pas sorcier » (France 3) ou encore « ADN : Accélérateur de neurones » (France 2), et les magasines « La Recherche » ou l'excellent mais plus pointu « Biofutur ». « Science & Vie » alterne le bon et l'imbuvable, et privilégie souvent les titres chocs, parfois exagérés, et les images de synthèse peu représentatives de la réalité (« Les nouveaux envahisseurs » N° 1127 Août 2011, « Einstein dépassé » N° 1124 Mai 2011, « Le Soleil en panne ! » N° 1119 Décembre 2010, etc.). Bien que vendeurs, ces éléments relaient au second plan la vérité scientifique, et n'ont pour vocation que d'attirer le public peu connaisseur, mais amateur de textes et d'images « choc ». Ces abus ne font que renforcer les déformations (volontaires ou non) auxquelles la science est sujette. Parmi celles-ci, citons la confusion entre « valeur » et « fait », souvent utilisée pour faire dire aux sciences ce qu'elles ne disent pas. Prenons un exemple : l'assertion « L'homme est un singe car il ne possède qu'un seul os frontal » peut vite se retrouver tronquée en « L'homme est un singe », et être utilisée par les détraqueurs de la théorie de l'évolution.

Mais les déformations les plus grossières se retrouvent sans doute dans la publicité. Nombre de produits corporels vous vantent les bienfaits d'une molécule inédite (ex : l'acide hyaluronique, pour info découvert en 1934 par Karl Meyer), et utilisent des termes scientifiques de manière abusive, qui enlèvent tout sens aux prétendues argumentations. Prenons un exemple : une crème corporelle commercialisée par un laboratoire français, sensée rendre à la peau sa jeunesse perdue. Cette crème est supposée réactiver la jeunesse contenue dans nos gènes, en stimulant leur activité. Impossible d'affirmer ou de réfuter cette affirmation, qui du point de vue biologique n'a absolument aucun sens. Dans cette même publicité, on voit apparaître en petites lettres en bas de l'écran des détails sur l'étude clinique réalisée : celle-ci porte sur 24 individus, suivis pendant deux mois. Statistiquement parlant, ces chiffres sont très faibles (24 personnes représentent-elles efficacement les 7 milliards d'êtres humains ? Quid du suivi à long terme des individus traités ?). De nombreuses choses seraient à dire sur la manière avec laquelle est démontrée dans cette publicité l'efficacité du produit. C'est une autre histoire, et nous ne la traiterons pas aujourd'hui. Il est vrai que l'exposé d'une démonstration rigoureuse prendrait bien plus de temps que les trente secondes d'antenne autorisées. Mais quand on veut faire de la science, il faut du temps.

De telles publicités ne sont sans doutes pas mensongères. La crème en question produit peut-être les effets escomptés. Je m'insurge simplement de la manière avec laquelle la science est utilisée, instrumentalisée, déformée à la seule fin de faire vendre un produit. Ceci nous ramène au point de départ. Même s'ils n'y comprennent rien, les gens sont tranquillisés lorsque le pouvoir de la science est invoqué. Lorsqu'on leur évoque des termes scientifiques alambiqués et dont la signification leur échappe, leur confiance est renforcée. Plutôt paradoxal. Le fait est que la science, ça rassure, ça fait sérieux. Ne surestimez pas le sérieux des scientifiques. Ne prenez pas systématiquement ce qu'ils affirment pour argent comptant. Doutez de tout, remettez-tout en cause, questionnez-vous. Et vous commencerez vous-même à faire de la science.

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