The Breaker / The Breaker New Waves, Keuk-Jin Jeon / Jin-Hwan Park, Booken Manga, 7,95 euros.

Alki, Paru le jeudi 16 janvier 2014

Manhwa The Breaker (1ère partie)

Genre toujours un peu incompris du grand public et (parfois mal – voire très mal) défendu par les fanboys, le manga est indéniablement passé du produit de niche surfant sur la vague de la brumeuse nostalgie créée par les séries diffusées à la fin des années 80 (mais si, vous savez, ces séries où les traductions étaient tellement mauvaises que ça en a fait devenir un genre à part entière, avec les grands Nicky Larsson et Ken le survivant en tête), à un objet de pop-culture quasiment incontournable aujourd'hui. La France étant le plus gros consommateur de mangas au monde (derrière le Japon, hein, bien sûr), je voulais vous présenter quelques séries, mais sans citer un seul manga.

Image de The Breaker

De Sensei à Sunsengnim

Alors là, vous vous dites : « Mais pourquoi fait-il tant le malin, alors qu'on sait pertinemment qu'il finira par nous sortir le triptyque magique Naruto / One Piece / Bleach ? Il le sait, pourtant, que faire le malin signifie tomber dans le ravin !». Du coup, pour éviter les confusions et en essayant de ne pas vous ennuyer avec les détails techniques, je vais faire un petit récapitulatif sur ce qu'on peut appeler par « manga ».

Tout d'abord, il faut savoir que les mangas sont des œuvres qui sont dites pré-publiées, c'est à dire qu'elles paraissent par chapitres hebdomadaires (c'est le plus courant, mais il y a d'autres rythmes de parutions), et quand un nombre suffisant de chapitres a été pré-publié, ils sont rassemblés en recueil. Les recueils sont ce que nous, français, trouvons dans nos libraires. Il faut également noter que la communauté de fans autour du manga est très importante dans le monde, et que énormément de mangas sont traduits par des fans et disponibles sur internet gratuitement (ce qu'on appelle la « scanlation »), un peu comme le stream de séries, avec les mêmes problèmes juridiques.

Mais si le manga est devenu aussi important dans la pop-culture, il convient de préciser que le terme manga vulgarise des œuvres qui ne sont pas nécessairement japonaises. En effet, il y a également des séries qui sont coréennes (appelées « Manhwa ») et, dans une moindre mesure, chinoises (« Man-hua »). Les séries coréennes ne sont pas encore très connues, mais la qualité d'une grande partie de celles-ci leur obtient de plus en plus de place sur le devant de la scène. Après, si j'avais envie de vous perdre, je pourrais vous dire qu'il y a des mangas qui sont créés par des coréens...

Scan d'une couverture

Le bon, la belle et le casseur

C'est donc de manhwa que je vais vous entretenir au cours de ces trois articles. Le premier que je souhaite vous présenter s'appelle « The Breaker ». Écrit par Keuk-Jin Jeon (ou Geuk-Jin Jeon, selon les traductions) et dessiné par Jin-Hwan Park, ce manhwa est le seul de la présentation qui est édité en France. Keuk-Jin Jeon, le scénariste, n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il avait écrit l'excellent Sabre & Dragon (à ne pas confondre avec Tigre & Dragon, le film chinois d'arts martiaux sorti en 2000) au milieu des années 90.

L'éditeur français est Booken Manga, une petite maison d'édition avec une petite offre de séries en termes quantitatifs, mais avec beaucoup à offrir en termes qualitatifs. Cependant, et je le dis maintenant histoire d'être débarrassé, la qualité de l'édition laisse à désirer : beaucoup de fautes d'orthographe (j'en ai compté 3-4 dans un seul volume de la série, par exemple). De plus, personnellement, certaines traductions de nom me gênent. Cela vient certainement du fait que je lise la série en scanlation, mais si la traduction est amateur, elle est néanmoins d'excellente facture, et laisse autant que faire se peut les noms coréens. Du coup, pour illustrer, un clan que j'ai pu trouver appelé « Sunwoo » ou « Sun-woo » dans plusieurs traductions, devient, pour une raison qui m'échappe, le clan « Seonu » en français. Seonu n'ayant pas plus de sens que Sunwoo en français, j'ai du mal à saisir la raison pour laquelle ce nom a été traduit, d'une, et de façon aussi moche, de deux.

Maintenant que c'est dit, revenons donc à cet excellent manhwa. Comme vous avez pu le constater, ce manga comporte plusieurs parties : la première, terminée en 10 volumes (tous disponibles en France), est The Breaker, et la deuxième, en cours de publication en Corée (et donc en France, mais avec 7 ou 8 tomes de retard), est appelée The Breaker : New Waves. D'après des infos que j'ai pu trouver sur le net, l'auteur aurait dévoilé que la série serait finie en 3 « saisons ». À la vue des derniers chapitres sortis dans New Waves, j'ai eu le sentiment qu'on approchait de la fin de la deuxième à grand pas. Mais ce n'est que conjecture.

Scan d'une double page

François Truffaut, Claude Chabrol, Jean-Luc Godard...

Mais de quoi ça parle, finalement ? Lee Shioon est un lycéen tels que le sont souvent les lycéens au début d'un manga : chétif, peureux et martyrisé par les bad boys au lycée. À force de se faire casser la gueule dans la cour, il finit par tomber sur un nouveau professeur d'anglais désinvolte, avec chemise hawaïenne, lunettes de soleil, clope au bec et qui saute sur toutes les nanas qu'il croise. Si vous avez lu (ou regardé) GTO, c'est un personnage qui se rapproche beaucoup d'Onizuka, du moins au début de la série.

Parce que oui, ce prof est un monstre qui peut étaler plus ou moins n'importe qui, et Lee Shioon va lui demander de lui apprendre à se battre. D'abord réticent, ce professeur vite connu sous le nom de « Dragon des Neufs Arts » (Goomoonryong en coréen, et ouais, ça en jette un peu), va abdiquer sous l'obstination de Lee Shioon, sa démentielle abilité à se foutre dans la merde sur une base régulière et un ensemble d’événements, dont l'arrivée d'une infirmière qui connaît la vraie identité du prof d'anglais.

Bon, dit comme ça, c'est extrêmement bateau et surtout vraiment pas original. Alors pourquoi devriez-vous la lire, cette série, autrement que par curiosité ? Plusieurs choses penchent en faveur de cette série : premièrement, un graphisme absolument irréprochable. La beauté du dessin est réellement exceptionnelle pour du manga, avec une précision de trait qui m'a rarement été donnée de voir ailleurs. Si le graphisme s'affine au cours des deux premiers volumes de la série, il se fixe plus vite que la norme et se place dans le très haut du panier.

Deuxièmement, une intensité incroyable dans la série, avec des scènes d'actions extrêmement régulières, qui ne traînent pas trop en longueur et dont le niveau de « badassitude » est tout simplement génial. Il y a également beaucoup d'humour (et du cul, bien évidemment, on est quand même dans un manga), surtout dans les « temps morts » de l'histoire, liants deux scènes d'action. Et enfin, parce que si le pitch du départ paraît faible, le scénario de la série ne l'est pas du tout. Si la première saison est surtout une mise en situation, une complexité s'y dévoile très vite, et la deuxième saison, avec l'apparition de nouveaux groupes et personnages, justifie amplement la (peut-être trop) longue mise en place.

Si vous aimez les séries de baston, avec un gros plat principal composé d'une histoire en béton, saupoudrées d'humour et de romance, et un bon gâteau de drama en dessert, jetez-vous dessus. Définitivement l'une des meilleures séries actuelles.

comments powered by Disqus