Alki, Paru le lundi 24 mars 2014

Girls of the Wilds / Tower of God

Après vous avoir parlé de The Breaker la dernière fois, j'ai envie de vous présenter un autre type d’œuvre. Cette fois-ci, nous allons découvrir ce qui est communément appelé « Webtoon » (ou « Scroll Mangas »). Si la provenance est également coréenne, le type de publication change radicalement, influençant au passage le rythme des histoires ainsi que leur narration. Mesdames, messieurs, voici Girls of the Wild's et Tower of God.

Image de Girls of the Wilds

Les amis de l'arbre joyeux

Tout d'abord, laissez-moi vous expliquer ce que sont ces fameux webtoons. À l'origine, ce sont des comics souvent créés par des amateurs dont le format est spécialement prévu pour l'internet. Si j'en crois Wikipedia, Happy Tree Friends en est un parfait exemple. Cependant, je ne vais pas parler de Webtoons animés, mais bien de ce que l'on différencie par l'appellation « Scroll Manga » (littéralement « Manga à dérouler »). Ce genre, particulièrement développé en Corée, est publié en tant que périodique, de la même façon qu'un manga plus traditionnel (hebdomadaire, mensuel...). Le « Google » coréen, Naver, en est le plus gros éditeur.

S'ils sont appelés « Scroll Mangas », c'est tout simplement à cause du format : le chapitre est publié en une seule page, que l'on déroule, plutôt qu'en une vingtaine pour un manga traditionnel. Ces mangas sont également entièrement colorisés, ce qui est tout simplement dû au fait que rien n'est dessiné à la main, mais à l'ordinateur. Cela n'empêche pas chaque artiste et œuvre d'avoir une « patte » graphique personnelle. Ce format d'une page permet de casser les codes visuels des cases et phylactères que l'on retrouve dans la bande dessinée traditionnelle ; la mise en scène est plus proche des comics américains que du manga japonais, à mon sens.

Dernière précision importante, ces mangas ne sont, à ma connaissance, pas édités en France. S'il ne serait pas étonnant qu'un groupe de traducteurs français amateurs mette les Webtoons les plus connus à disposition sur des sites français, je doute que le répertoire entier soit accessible. Personnellement, je les lis en anglais, et si la langue de Shakespeare vous rebute, je crains que vous ne deviez vous abstenir, du moins à court terme, de vous lancer dans cet univers.

Image de Girls of the Wilds

Les filles d'à côté

Le premier manhwa digital que je vais donc vous présenter s'intitule Girls of the Wild's. Écrit par Hun et dessiné par Zhena, qui ont tous les deux à leur actif trois ou quatre autres œuvres individuelles, ce manhwa a pour trame principale l'histoire d'un jeune homme, Son Jae Gu, dont le père est mort quand lui était encore jeune, et que sa mère a abandonné dans la foulée en le laissant en charge de ses petits frères et sœurs jumeaux en très bas-âge. Cet abandon maternel détermine chez lui une peur presque haineuse des femmes.

Cet adolescent de quinze ans vit dans une misère extrême et enchaîne les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa fratrie. Le manhwa commence le jour où il arrive pour son premier jour de lycée, dans lequel il accepte d'aller puisqu'il obtient une bourse tous frais payés. Seulement, comme vous vous en doutez, ce lycée est un peu particulier. Le Wilds Highschool est un lycée qui accueille en Son Jae Gu son premier élève masculin, et dont quasiment toutes les jeunes filles sont des pratiquantes d'arts martiaux.

Image de Girls of the Wilds

En effet, chaque année, le lycée tient une compétition nationale amateur retransmise à la télévision nationale (voir plus?), mélangeant tous les arts martiaux façon MMA, et dont la grande championne actuelle, « Queen », est l'héritière de l'un des plus grands chaebols (conglomérats immenses coréens, comme Samsung) du pays. Elle est belle, intelligente, froide, et évidemment extrêmement forte en arts martiaux.

Le but du Proviseur, en rendant ce lycée mixte, est de féminiser ces brutes, en les rendant ouvertes à l'amour. Pour ce faire, il promet de nombreux crédits de validation à celle qui arrivera à draguer le pauvre Son Jae Gu...Et si le début de l'histoire est facile à imaginer, ainsi que la relation qu'auront les deux personnages principaux, l'auteur a décidé de partir sur des arc pas franchement rigolos, à base de bizutages violents sur le héros.

Let's get ready to rumble !

Je vous conseille cette série pour plusieurs raisons. Déjà, une patte graphique assez attachante et dynamique, avec de superbes contrastes de couleurs. L'auteur n'hésite pas à user et abuser des dessins dits en « SD » (Super Deformed), qui consiste à rendre les personnages mignons en les déformant. L'univers est mine de rien assez attachant, et les personnages principaux (il y en a plus ou moins 4), orientent assez dramatiquement le manhwa vers un bon vieux harem des familles.

Des Images de Queen de Girls of the Wild

De plus, malgré certains arcs vraiment moins drôles que d'autres, le ton de la série est relativement léger, et l'humour omniprésent. Et puis, ça change un peu de voir un manhwa où les filles jouent les boss et le garçon se fait protéger, plutôt que l'inverse récurrent. De manière générale, d'ailleurs, dans les manhwas que je vous présente, les femmes sont rarement des pleureuses inutiles. La plupart sont badass et parviennent souvent à leurs fins d'elles-mêmes.

Seul point un peu noir de cette série à mon goût, c'est le manque d'envie d'avancer dans l'histoire, et une réutilisation de thèmes un peu symptomatique quand on avance dans les chapitres. Mais gageons que les auteurs décideront d'arrêter de « gagner du temps », un peu à la How i met your mother, et tout rentrera dans l'ordre. Et quand bien même ça n'avance pas trop, la série reste tout à fait agréable à lire.

Babel

L'autre série que je vais vous présenter s'intitule Tower of God. Écrit et dessiné par un seul homme, SIU, Tower of God joue sur un registre beaucoup moins rigolo que Girls of the Wild's. Violence physique et mentale, manipulation, trahison...tout un programme. Mais alors, de quoi ça cause ?

Image de Tower of God

Baam (son nom complet est 25th Baam, « la vingt-cinquième nuit ») est un garçon qui vit dans une grotte fermée, dans le noir, seul. Puis un jour, une jeune fille tombe par inadvertance dans un trou et le rejoint. Ils sympathisent, et si elle rentre régulièrement chez elle, elle vient le voir de façon fréquente, lui apprenant la vie et lui apporte un premier contact humain. Seulement voilà, la demoiselle, qui s'appelle Rachel (ou Lahel selon les traductions, mais c'est un peu moche), a un rêve...et c'est là que ça devient un peu compliqué à expliquer.

En gros, l'humanité vit dans un bâtiment unique, composé d'une tour, et de ce que je pourrais appeler une banlieue l'encerclant. Les humains, ou plutôt les humanoïdes vivent dans la banlieue, et sont parfois « choisis » (s'ils répondent aux critères) par la tour, qui permet, si l'on atteint son sommet, de réaliser tous les rêves possibles et imaginables. Et monter n'est pas simple : chaque étage est une épreuve, et l'on ne monte que si l'administrateur du niveau ne l'accepte.

Bombaclot Babylone !

La tour est habitée par trois sortes de personnes : les « regulars », les candidats à la montée qui ont été choisis par la tour, les « rankers », qui en ont déjà atteint le sommet et qui deviennent ensuite les administrateurs des niveaux, et enfin Dieu lui-même et ses Princesses. Je ne peux pas vraiment donner de précisions sur Dieu, parce que personne ne sait vraiment trop qui il est, mais les princesses sont des guerrières exceptionnelles choisies parmi les « grandes familles » de la tour, et qui ont un peu la tâche de représenter la force divine dans cette dernière : Princess means business, en gros.

Et puis, il y a une quatrième catégorie de gens. Les habitants en ont peur, car un antécédent a mis à mal la tour en elle-même. Parce que si les « regulars » sont choisis parmi les banlieusards, il existe les « irregulars », que la tour a sélectionné malgré leur non-appartenance initiale à la tour et son entourage, et, vous l'aurez compris, Baam va en faire partie.

Image de Tower of God

Parce que oui, pour en revenir à Rachel et Baam, Rachel veut monter en haut de cette tour pour réaliser un rêve. Et Baam, qui lui ne veut pas la perdre, se trouve sélectionné plus ou moins en même temps qu'elle par la tour. Il se lance donc à sa poursuite, et affronte épreuve après épreuve pour la rejoindre. Bon, je reconnais que présenté comme ça, ça puisse paraître un peu niais, mais fondamentalement, cette série est proprement excellente. Parce que de la baston, y'en aura. Mais il y a d'autres arguments !

Babylone Circus, j'aurais bien voulu !

Là encore, le style graphique impose une dynamique qui diffère de celle des mangas traditionnels, de part le découpage des cases et des phylactères. Cette dynamique est de plus ressentie dans le scénario, qui, contrairement à GotW, avance vite. En effet, l'auteur n'hésite pas à placer des ellipses conséquentes faisant évoluer l'histoire quitte à nous replacer les personnages dans le nouveau contexte régulièrement. Cela permet d'avoir de nouveaux personnages, ainsi que voir les anciens évoluer physiquement et mentalement d'un coup, et ce n'est pas désagréable, quand on compare aux canons traditionnels du manga, où l'évolution se fait par paliers.

Et comme je le disais précédemment, le scénario n'est pas avare en surprises : les situations peuvent changer du tout au tout en l'espace de quelques images, et peu d’œuvres jusqu'alors m'avaient autant surpris. De plus, malgré un scénario qui s'y prête moins, l'humour (de situation, généralement) reste tout à fait présent, et est rarement de trop.

Bref, Girls of the Wild's et Tower of God, deux très bonnes œuvres, avec chacune un caractère et un style particulier qui m'ont permis un peu de renouveler mes lectures (et je l'espère, les vôtres). Si vous êtes curieux et que vous n'êtes pas rebutés par l'anglais, n'hésitez pas à aller voir le site MangaCow, sur lequel les deux œuvres sont disponibles, et, nec plus ultra, vous pouvez choisir si vous préférez lire en mode page-par-page classique ou en scroll manga.

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