JB le 19/09/2011

La Tour Sombre

Une fois n'est pas coutume, je me suis plongé il y a maintenant plus de quatre ans dans une saga littéraire fantastique. Cet ensemble en sept volumes a été écrit ni plus ni moins que par le célèbre Stephen King, l'auteur américain mondialement connu pour des ouvrages tels que Carrie, Christine, Misery, Insomnie ou encore Shining. Mais dans le récit dont il est question aujourd'hui, finies les histoires macabres au suspense insoutenable, les sueurs froides et les crises d'angoisse : le cycle de La Tour Sombre se démarque des essais habituels de King, et ce à de nombreux niveaux.

Au départ, c'est un poème, datant de 1855, et écrit par Robert Browning : Childe Roland to the Dark Tower Came (soit en français : Le Chevalier Roland s'en vint à la Tour Noire). King s'en inspire pour donner vie à un chevalier des temps modernes : Roland de Gilead, le dernier pistolero de l'Entre-deux-Mondes. Le premier opus, assez déroutant mais crucial pour la suite de l'histoire, nous emporte dans cet univers, semblable à celui que nous connaissons, où Roland suit inlassablement l'Homme en Noir à travers le désert. Celui-ci est sensé lui apprendre le moyen de se rendre à la Tour Sombre, qui semble régir l'équilibre du monde. De tous les mondes en fait. Car, je ne vous le cacherai pas, King n'a pas abandonné le style Fantastique, loin s'en faut. Ne campez pas sur vos concepts terre-à-terre, car ils seront vite malmenés. Créatures irréelles, robots et autres vampires sont pléthores ! Mais ne vous-y trompez-pas : le récit n'est pas un concentré d'absurdités inconcevables et de situations surnaturelles. Tout est brillamment tenu, minutieusement justifié et précisément architecturé, pour que l'on puisse se dire : « finalement, pourquoi pas ? ». Une fois passée l'épreuve des 200 pages du premier opus (et je vous en prie, ne vous arrêtez pas à l'opinion que vous aurez de cette introduction), nous voilà plongés dans la quête du pistolero et de ses futurs amis, à travers les mondes d'un univers en perdition, dont l'équilibre précaire doit à l'érosion des « Rayons », qui soutiennent la Tour Sombre. Roland tentera tout pour faire cesser ce déclin, et monter au sommet de la Tour. Heureusement pour nous lecteurs, nombreux sont ceux qui voudraient voir la Tour s'effondrer, et l'univers plonger dans les ténèbres.

Les romans II et III (Les Trois Cartes, et Terres Perdues, respectivement) sont d'une intensité rare, et vous rendront sans doute accros dès leurs premiers chapitres. Aux combats de toutes sortes se mêleront séquences d'exploration de territoires inconnus, et raisonnements plus pensés sur la nature de la quête, et le destin des différents protagonistes. L'essence du quatrième volume (Magie et Cristal) est un immense flashback sur l'adolescence de Roland, une fois fini son apprentissage de pistolero. Livré à une toute autre quête dans la baronnie de Meijis, il vous en apprendra plus sur le passé du héros, ses erreurs et ses souffrances. Un des plus longs (plus de 800 pages), mais aussi un des plus immersifs et des plus passionnants (si ce n'est LE). Dans les trois derniers opus (Les Loups de la Calla, Le Chant de Susannah et La Tour Sombre), l'intensité monte en flèche jusqu'à l'apothéose finale.

ATTENTION SPOILER !

Le plus merveilleux avec La Tour Sombre, c'est qu'elle mêle magnifiquement des mondes et situations invraisemblables avec d'autres qui nous sont plus familiers. Entre autres, le New-York de la deuxième partie du vingtième siècle joue un rôle crucial, et sera visité de nombreuses fois par les personnages. De plus, et c'est là qu'est tout le chef-d'oeuvre, Stephen King s'est fait un malin plaisir à se faire lui-même personnage de l'histoire, et à y incorporer des événements réels de sa vie, conférant à la saga un petit caractère autobiographique et autocritique. Je ne vous en dirai pas plus, et vous laisserai vous faire votre propre idée, une fois que vous serez aux côtés de Roland, et qu'avec lui vous arpenterez les mondes à la recherche de la Tour.

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