JB le 20/11/2011

Deception Point

Dan Brown, connu mondialement pour ses romans Da Vinci Code et Anges & Démons, est un auteur qui a de la ressource. Son répertoire ne se limite pas à ces deux romans « chasse au trésor » où la cryptographie et la symbologie aident le héros Robert Langdon à débusquer les méchants. Il a aussi publié en 2001 un « techno-thriller » (excusez l'expression), mêlant complot scientifique et corruption politique : Deception Point.

D'abord, c'est quoi un « techno-thriller » ? Je vais reprendre la définition de Wikipédia, qui me semble tout à fait appropriée : intrigue contemporaine de politique-fiction catastrophe (guerre, menace terroriste majeure, etc) dont la résolution passe par l'usage de moyens militaires de haute technologie et par des actes héroïques individuels. En gros, on pourrait appeler ça également un « Clancy-like ». Malheureusement, tout le monde n'a pas la réputation ni les relations (ni le talent) de l'auteur d'Octobre Rouge, et cela se ressent dans Deception Point. Le point de départ de l'histoire est la découverte d'une météorite d'un genre nouveau par la NASA. Cela tombe à merveille pour l'agence spatiale américaine, qui peine à maintenir sa réputation, et à justifier les sommes astronomiques qu'elle emploie pour ses recherches. Mais c'est aussi une aubaine pour le président des Etats-Unis Zach Herney, au plus bas dans les sondages de la future élection. Car son adversaire le sénateur Sedgewick Sexton a basé sa campagne anti-NASA sur une volonté de voir la recherche spatiale privatisée, réduisant les taxes des contribuables américains. Rachel Sexton, employée du National Reconnaissance Office (et bien entendu fille du sénateur Sexton), est chargée de l'expertise de cette découverte, en compagnie d'éminents spécialistes. Elle va peu à peu mettre au jour une machination d'envergure nationale, qui pourrait trouver origine au cœur même de la Maison Blanche...

Le fond paraît bon. Scénario alléchant, mêlant science fondamentale et politique américaine, avec un soupçon d'action à la clé. Du point de vue scientifique, rien à redire. Juste ce qu'il faut de détails techniques sur la pétrologie et la chimie de la météorite pour que l'on comprenne de quoi il retourne. Deux ou trois mots savants par ci par là pour l'immersion, mais pas de raisonnements tordus de cinq pages qui n'aboutissent à rien. De ce côté là, Brown vise l'efficacité, et réussit à l'atteindre. Les chondres et croûtes de fusion n'auront plus de secrets pour vous. En revanche, l'aspect politique aurait pu être plus fouillé. Rien de très poussé, très peu de détails, et une nette impression de remaché (on ne sort guère de la Maison Blanche et des Services Secrets). Même les activités du NRO, pourtant au centre de l'histoire, sont très peu souvent détaillées. Seul l'aspect privatisation de l'espace vaut le détour, mais là encore, l'auteur aurait pu insister d'avantage. Enfin, sur le plan technologique, le livre suinte les clichés de la première à la dernière page. Les premiers chapitres suffisent à nous faire comprendre où l'on va ; tout y passe : des hélicoptères, Air Force One, les forces spéciales et leurs prototypes d'armes dernière génération, etc. On se croirait dans une sur-production américaine. Mais là encore, même si l'auteur affiche une volonté manifeste de nous livrer un bouquin super immersif, tout reste flou et vague... On ressasse des termes entendus dans les films (visée laser, triangulation, micro-robots espions, jumelles infrarouges, etc.), mais c'est tout. J'ai peine à le dire, mais ça fait un peu travail bâclé.

En un mot, on sent que le « techno-thriller » n'est pas le domaine de prédilection de Dan Brown. Aussi poussés et détaillés que soient Da Vinci Code et Anges et Démons, en faisant des livres incontournables dans leur domaine, Deception Point est un livre comme les autres. Rapide et agréable à lire, aucun doute là-dessus. Facile à aborder, il conviendra parfaitement à ceux ne cherchant pas à se prendre la tête avec une intrigue retors ou des détails à foison. Si vous êtes féru de géologie ou d'astronomie, vous y trouverez sans doute également votre compte. Mais si vous cherchez un thriller technologique pointu et immersif, allez voir du côté de Clancy. La spécialité de Dan Brown, c'est la symbologie : c'est à ça qu'il est bon, c'est ce qui le caractérise, et c'est pour ça qu'on l'apprécie.

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