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Alki, Paru le 30/08/12

Sleeping Dogs

Logo de Sleeping Dogs

Voilà un jeu avec un historique pour le moins mouvementé : prévu pour être le troisième épisode (et surtout le reboot) de la licence True Crime, mais plusieurs fois repoussé, Activision a décidé d'en abandonner le développement à la vue des frais engendrés par la production du jeu. Square Enix a racheté les droits du logiciel en 2011, mais pas la licence, et sort donc ce mois-ci le jeu rebatisé Sleeping Dogs sur PS3, Xbox 360 et PC. La série True Crime en elle même n'ayant jamais réellement été plus qu'un ersatz de GTA, et donc rarement une franche réussite, le résultat pouvait donc faire craindre le pire, si l'on couple l'héritage au contexte de la naissance.

Romeo must die

Le trailer sorti en mars dernier lors de l'annonce du changement de nom ayant été un live trailer, on n'y voyait aucune image de gameplay, et on n'y apprenait guère que le nom du héros et ses différentes affiliations. Difficile, donc, de se faire une idée du jeu, et donc difficile d'en obtenir une attente particulière. Cela explique certainement en partie l'anonymat dans lequel le jeu est sorti courant Août.

Vous incarnez donc Wei Shen, un beau gosse sino-américain adepte des arts martiaux qui est un flic infiltré dans les Triades chinoises de Hong-Kong (en « deep undercover » comme ils disent outre-atlantique), infiltration facilitée par le fait qu'il a grandi dans le coin avec les gars devenus gangsters, avant d'émigrer aux États-Unis. Le but va donc être de grimper les échelons pour faire tomber le Sun On Yee, l'une des deux triades les plus puissantes du coin, avec laquelle Wei et sa famille ont un historique, tout en gardant en tête que vous restez un flic.

Le scénario, bien que finalement relativement classique pour le genre, reste très agréable et vous promet quelques surprises – bonnes ou mauvaises, d'ailleurs. L'historique de l'officier Shen et de la triade qu'il a infiltrée vous permet de savoir relativement vite que son infiltration va devenir « personnelle », ce qui, évidemment, complique la tâche du HKPD. Pour éviter que le personnage principal oublie son objectif premier, on vous propose deux types de missions principales : Gang et Police, les deux se mêlant parfois, ce qui atténue encore un peu plus la frontière et multiplie les ambiguïtés pour ce pauvre Wei.

Fist of Fury

Qui dit Hong-Kong, dit riz et arts martiaux (hum, qui a hurlé au préjugé raciste et rétrograde ?). Et bien dans Sleeping Dogs, au moins, on a les deux ! Dans l'idée, donc, Sleeping Dogs est un GTA-like des familles, avec un monde (représenté sous la forme d'une grande ville et divisée en quartiers) ouvert, avec tout ce que cela implique : car jacking, agression de passants, achat de nourriture pour se soigner, armes blanches et armes à feu, guerre de gangs, courses de voitures...Tout ce qu'un bon GTA-like des familles se doit d'avoir, en somme.

Cependant, et c'est là où Sleeping Dogs à un réel intérêt, le jeu joue énormément sur l'aspect arts martiaux. Vous n'aurez accès à des armes qu'en de rares occasions, durant des missions, avec des munitions très limitées et vous les perdrez très vite une fois la mission finie.

Assez frustrant, donc, de ce point de vue là. Mais SD compense largement en vous proposant une composante de combats à mains nues qui ferait pâmer Tekken ou Street Fighter. En effet, Wei est un sacré combattant au corps-à-corps et 80% des combats du jeu se font comme ça. Vous devenez donc Bruce Lee et combattez le mal à grands coups de genou et de high-kick. Après tout, vous restez un flic, et vous n'êtes pas supposé tuer tout le monde, hein ?

The Way of the Dragon

Le jeu propose un système d'expérience, qui se divise en trois branches distinctes : Police, Triade, Personnage. Le premier se monte de deux façons : en accomplissant des missions pour la police, évidemment, mais également en accomplissant des missions pour les triades. La jauge police fonctionne de façon décroissante : vous avez un capital d'xp au début de la mission, et plus vous détruisez des objets dans la rue (poteaux, feux de signalisation, véhicules civils, etc...), moins vous aurez d'xp à la fin.

L'expérience de triade, elle, ne se monte qu'en accomplissant des missions pour la Sun On Yee, et est une échelle croissante que l'on remplit en faisant des carnages, des combos, des techniques spéciales. Ces deux types d'expériences vous permettent d'avoir accès à des nouveaux coups spéciaux, des nouvelles techniques...

La troisième expérience se monte quant à elle en remplissant des objectifs secondaires, comme aider des gens dans la rue, sortir avec sa copine, et moult activités champêtres. Elle vous permet d'acheter de nouvelles fringues, de nouvelles voitures. C'est plus lié au confort du personnage qu'à ses techniques de combat.

Rush Hour

Quand je parlais d'avoir et des arts martiaux et du riz, plus tôt, je le pensais d'ailleurs au sens littéral. En effet, et c'est l'une des quelques bonnes idées du jeu, on peut acheter de la nourriture ou des boissons pour se régénérer, mais en plus, ces produits donnent des bonus temporaires comme des dégâts à mains nues accrus, par exemple. Les vêtements, eux, donnent accès à divers bonus permanents si l'on porte la bonne combinaison de fringues (tant qu'on les porte, évidemment). Les voitures, quand à elles, s'achètent mais ne se stockent pas (rassurez-vous, on peut les voler comme bon vous semble). Rien de dramatique cependant, l'argent montant très facilement.

Dans les autres bonnes idées du jeu, on retrouve un excellent casting (Lucy Liu, Emma Stone, Will Yun Lee, Tom Wilkinson...), qui correspond relativement bien à cet univers de l'underground hongkongais. Encore une fois, le scénario est relativement intéressant, et je dois dire que j'étais surpris dans le sens où je m'attendais à quelque chose de plus manichéen. Ceci, je trouve que la trame scénaristique aurait pu proposer des choix au joueur (ce qu'ont très bien fait GTA IV ou Saints Row 3, par exemple), plutôt que de le laisser spectateur à chaque cinématique ou mission.

Fist to Fist

Donc, dans l'ensemble, pas mal de bons points. Mais, rassurez-vous, y'en a aussi des mauvais. Ceux qui suivent mes chroniques ont dû remarquer que j'étais uniquement un joueur PC. N'étant pas vraiment un consoleux enthousiaste, je crache facilement sur des jeux adaptés sur PC, parce que tout simplement, le feeling n'est parfois pas bon avec des contrôles clavier / souris. La plupart du temps, ça reste du snobisme de ma part, mais Sleeping Dogs fut différent. Aux dernières nouvelles, le portage des consoles vers le PC aurait été fait par un groupe de stagiaires lépreux sous chloroforme. Si vous avez lu mon article sur Mass Effect 3, vous vous souviendrez que je vous parlais d'une « touche à tout faire », qui à elle seule tenait le rôle de « utiliser / charger / courir / sauter / se mettre à couvert ». C'était l'horreur, car encore après une vingtaine d'heures de jeu, je n'arrivais toujours pas à faire faire à mon personnage ce que je souhaitais.

Et bien accrochez-vous, car SD a été encore plus loin dans le délire obscurantiste des contrôles pour poulpe : pour commencer, on a « contre-attaque / utiliser / interaction rapide (QTE, quoi) / entrer dans un véhicule » sur le clic droit, « courir / Parkour » sur espace, « lancer / attaquer au corps-à-corps avec une arme à feu » sur E...Encore mieux : pour viser, je dois appuyer sur Shift gauche ! Ça revient à peu près à devoir tirer avec la souris avec une manette en main gauche sur FIFA. C'est du délire, pur et simple. Puis arrivent les quelques fois où l'on va vous demander un forçage de serrure. Impossible sans manette. C'est aussi simple que ça.

« Mais t'as qu'à jouer avec ta manette, si t'en as une ! », me direz-vous. Certes, j'en ai une, mais tout le monde n'en a pas, et je doute que qui que ce soit veuille acheter une manette spécialement pour Sleeping Dogs. De plus, les phases de tirs (hormis le fait de devoir viser avec Shift gauche...) sont beaucoup plus instinctives à la souris, comme tout Third Person Shooter. Bref, en un mot comme en cent, non, pas question que je joue à la manette. Le problème vient de ces jeux qui centralisent le maximum de choses sur un bouton pour manette console, ce qui est tout à fait normal sur...console. Mais il faut également penser à la version PC. À quel moment un développeur peut se dire qu'il suffit de mettre 5 actions différentes sur un bouton alors qu'un clavier en a plus de 100 !

Au final, même si le système de combat est plutôt bien foutu et que les touches s'apprennent dans un temps raisonnable, ça reste quand même mauvais pour le reste, ce qui est d'autant plus dommage qu'ils avaient fait le plus dur avec les combats.

Kiss of the Dragon

Quelques autres problèmes viennent parfois plomber le jeu, comme cette ville de Hong Kong désespérément vide (la vraie est supposée avoir 7 millions d'habitants, quand même), la bande son moins fournie et moins travaillée que celle d'un GTA, quelques manques de cohérence dans certains objectifs secondaires (notamment pour les mission de blocage du trafic de drogue, où il faut tabasser les voyous, pirater une caméra de la police pour l'utiliser en tant que policier et enfin envoyer un pauvre agent s'attaquer seul à une dizaine de gangsters qui prennent la fuite), et surtout cette sur-abondance de bullet-time dès que vous avez une arme à feu entre les mains...

Tous ces problèmes peuvent paraître pénibles, mais une fois habitué, on y fait presque plus attention. Cependant, la somme de ces défauts (qui ne sont que finalement mineurs) qui viennent pourrir l'expérience vidéo-ludique fait que ce qui aurait pu être un grand jeu, ne sera qu'un brave passe-temps, restant au final qu'un ersatz de GTA. Vraiment dommage, car entre l'univers (l'île de Hong-Kong reste l'une des villes les plus hétéroclites au monde, mine de rien, avec cette dualité occident / extrême-orient), le système de combat à mains nues, le casting et le scénario, il y avait la place pour faire un peu d'ombre à un GTA V approchant.

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