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Alki, Paru le 02/12/12

Assassin's Creed III

Artwork du jeu

Il y a de ça un an, je vous parlais de Assassin's Creed Revelations, le dernier épisode du tryptique d'Ezio Auditore da Firenze, qui partait se promener sur les rives du Bosphore. J'y évoquais mes doutes sur la capacité du moteur graphique à décemment s'aligner sur les exigences qu'impliquent le free-running sur lequel l'ensemble du jeu et de son concept sont basés, un manque cruel de nouveautés, et surtout un prix bien au-delà de ce à quoi un pauvre patch 1.2 correspond.

I'm shippin' up to Boston !

Petit rappel des faits : le héros de cette saga n'est ni Altaïr, ni Ezio, c'est Desmond Miles, un bartender du XXIe siècle qui cherche des objets magiques très puissants via une machine – l'Animus - qui lui permet d'explorer les souvenirs de ses ancêtres car ils sont figés dans l'ADN humain. Ses ancêtres ayant été des Assassins se battant contre les Templiers, ils ont tous été en contact avec des objets mystiques promettant un pouvoir immense à son possesseur, comme la Pomme d'Eden. Dans les épisodes précédents, Desmond a mis la main sur la Pomme, tué sa copine qui était en fait une Templar, et s'est finalement retrouvé coincé dans l'Animus en étant dans le coma. On commence cet épisode dans un temple qui détient une technologie permettant d'éviter la fin du monde le 21 décembre 2012.

Exit donc, Ezio Auditore, welcome…Ratonhnhaké:ton (non non, pas de faute de frappe, il y a réellement un « : »), qui sera par la suite - grands dieux, merci - Connor Kenway. Ceci dit, on ne va pas le contrôler tout de suite : en effet, le jeu nous place dans la peau de Haytham Kenway, son père, pendant les 3 premiers chapitres. Après une courte mission introductive à Londres, Haytham est parti pour le nouveau monde, sur lequel il débarque à Boston. Je n'en dirais pas plus, afin d'éviter tout spoil par inadvertance. Nous récupérons donc son fils, un métisse qu'il a eu avec une Mohawk, et qui en est un également (d'où le nom pour le moins spécial). Durant les premières dizaines de minutes de jeu avec Connor, on va avoir le bonheur de découvrir les grosses nouveautés du jeu : la forêt et la campagne, et les animaux. Je reviendrais là-dessus plus tard.

Connor, donc, remplace Ezio ou encore Altaïr dans le rôle que va prendre Desmond, et ce natif américain a un gros défaut : il est insupportable. Altaïr n’était pas très intéressant, mais il avait le mérite d'être un taiseux. Ezio avait une classe folle, une présence incroyable et une culture incommensurable. En comparaison, Connor fait pâle figure : sa tenue n'est pas aussi classe que son illustre ancêtre, il utilise un tomahawk à la place d'une dague, il a le charisme d'une moule et surtout, il est d'une naïveté tout simplement gerbante. On le voit grandir, et autant sa naïveté d'enfant est « mignonne » et normale jusqu'à ses 15 ans, autant sa naïveté une fois devenu Assassin est juste pathétique. Pour tout dire, j'avais l'impression d'entendre parler un responsable des jeunesses socialistes, plein de bons sentiments et d'hypocrisie involontaire.

« Happiness and moral duty are inseparably connected »

Nous nous retrouvons donc dans une période trouble au sein des treize colonies anglaises, sur la période 1770-1785. Pour ceux qui ont séché les cours d'histoire au collège, il s'agit de la période entre la Guerre de 7 ans (une sorte de première guerre mondiale excessivement bordélique avec une très forte composante de l'antagonisme franco-britannique, surtout sur le territoire américain), et la Guerre d'Indépendance Américaine, la deuxième étant d'ailleurs très liée à la première. En effet, la guerre d'indépendance est arrivée suite à une succession de levée d'impôts sur les colons, car les caisses de la couronne du King George the Third étaient vides.

Je laisse le soin aux gens de se renseigner par eux-mêmes, mais sachez qu'encore une fois (et tant mieux pour les férus d'Histoire comme moi), les gars d'Ubisoft ont accompli un travail titanesque de reconstitution d'un monde très difficile à imaginer aujourd'hui. Boston et New-York sont superbes, les objets d'une précision chronique impressionnante. De plus, comme toujours, on a accès une encyclopédie qui est une mine d'or, relatant les faits de façon humoristique, et bien qu'ils soient romancés, le vrai du faux se distingue facilement. Pour finir avec l'aspect « immersion », je tiens une fois de plus à noter la fabuleuse BO, toujours dans le tempo de l'histoire et de l'action, et un très bon jeu d'acteur – je ne peux de plus que vous conseiller de jouer en VO, quitte à mettre les sous-titres.

Cet épisode est donc une invitation à se retrouver au cœur de l'Histoire avec un « H », celle qui change son propre cours avec des grandes batailles, des grands hommes et des grands lieux, ce qui est une première dans la saga. En effet, jusqu'à présent, les Assassin's et les Templiers s'affrontaient directement, et pas au travers de grand événements tels que celui-ci. La perspective d'intervenir, en tant qu'Assassin, dans des batailles rangées du XVIIIe siècle a de quoi réjouir. Mais cette composante reste relativement faible. On participe de fait à deux-trois batailles, mais rien d'aussi impressionnant qu'on pouvait l'espérer. L'on croisera cependant plein de grands noms : George Washington, Benjamin Franklin, John Adams, le marquis de La Fayette (dont le vrai nom était quand même Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette), le marquis de Grasse, Israël Putnam, et j'en passe.

« A learned blockhead is a greater blockhead than an ignorant one »

Ceci dit, si le contenu est réellement passionnant, il n'a pas l'écrin qu'il mérite. Outre le personnage principal, le gros problème du jeu est technique : je parlais de Revelations dans mon introduction, faisant référence à mon test de l'an dernier. Et bien, comme j'avais pu le craindre lors de la présentation du jeu dans les salons au printemps, le moteur n'a pas changé. C'était dur il y a un an, c'est devenu ingérable aujourd'hui : les textures ne sont pas vraiment propres, les modèles physiques de moins en moins précis, les bugs de collisions sont légions, les civils apparaissent / disparaissent sous vos yeux, des personnages et objectifs de quêtes buggués (voire carrément manquants) se trouvent tout le long du jeu...

De la même façon, le système de déplacement n'a jamais été idéal, quelque soit l'épisode : combien de fois êtes-vous tombés d'un endroit en voulant sauter sur une autre plateforme ? Moi, un nombre incalculable. Sauf que dans cet opus, les développeurs sont passés d'un référentiel haut / bas / gauche / droite à un monde où les degrés de libertés sont bien plus nombreux (comprendre pouvoir se déplacer à 360°). Mais le moteur n'ayant pas évolué entre les deux configurations, les directions sont régulièrement une horreur à gérer. La palme revenant au désormais classique déplacement à cheval, qui a cependant toujours été extrêmement laborieux dans la saga.

Toujours au niveau technique, l'IA est d'un autre âge. C'était mignon dans le premier, c'est devenu ridicule aujourd'hui : deux gardes, vous en tuez un pendant que l'autre a le dos tourné, il voit le cadavre, marche dessus, et continue sa ronde comme si de rien n'était. J'veux bien croire que le flegme anglais soit légendaire, mais bon...De même, quand des PNJ vous suivent, on ne peut pas dire que le Pathfinding soit au top. Et quoi de plus rageant qu'une mission en chrono ratée parce qu'un allié n'a pas réussi à se débloquer d'une caisse ? Il est temps qu'Ubisoft Montréal change de moteur et fasse un travail technique un peu plus poussé, parce que ce n'est plus acceptable en 2012. Ne serait-ce que pour avoir un produit fini sans bugs innombrables à la livraison. Si vous êtes curieux, tapez juste « assassin's creed 3 glitches » dans Google, vous verrez de quoi je parle.

« I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies »

Dans le registre des nouveautés de gameplay, on trouve pas mal de choses. La plus sexy, c'est les batailles navales : sur le papier, c'est incroyablement cool, et même si dans les faits, c'est tout sauf désagréable, dire que c'est l'invention du siècle serait mentir. Les contrôles sont à parfaire, le vent peut changer d'orientation dans des conditions scriptées un peu curieuses l'espace de 4 secondes, le bateau peut tourner à l'arrêt...Ce n'est certes pas supposé être une simulation, mais bon, un peu de crédibilité, de technique, de gestion du vent n'aurait pas été désagréable. Ceci dit, ça permet de bien casser le rythme entre deux missions, et l'aspect ludique est réel.

Petite modification dans l'exploration, les lieux perchés comme les clochers ou les cimes d'arbres ne complètent pas la carte entièrement même si l'on les fait tous, ce qui aurait pu être une bonne idée en incitant à l'exploration, mais dans la pratique, c'est plus une gageure qu'autre chose, surtout sur le territoire des plaines. L'introduction des animaux et de la chasse est dans l'ensemble une bonne idée. Seul réel moyen de se faire de l'argent dans le jeu, la chasse est cependant assez rébarbative. Les combats contre les prédateurs se font à base de QTE, et même si le timing est assez serré pour rendre la chose un tant soit peu intéressante, c'est tout sauf de l'innovation.

D'ailleurs, le système de craft qui évolue en fonction du village que vous composez autour de votre résidence (un peu comme Monteriggioni dans le 2, mais en beaucoup plus interactif, puisque vous recrutez vous-même les artisans, les faisant grandir avec des missions plutôt sympa) n'est pas vraiment instinctif. Le menu est affreux, et faire de l'argent est vite quelque chose de pénible, surtout qu'il n'est pas vraiment utile, puisqu'il n'y a pas d'évolution d'armure comme dans les épisodes précédents. Du coup, on zappe assez facilement cette partie, le rapport bénéfice / perte de temps étant beaucoup trop faible. Pour illustrer mes propos dans ce test, j'ai forcé un peu mes réticences pour approfondir. Le meilleur exemple, que j'ai, est d’avoir envoyer un convoi vendre les biens, et j'ai récupéré environ 3000£. Pour vous donner une idée, ça achète difficilement une épée bas de gamme. Le jeu vous donne de temps en temps des statistiques de tous les joueurs du monde, et il était déjà sorti depuis une bonne semaine quand j'ai reçu cette somme : ça m'a fait rentrer dans le top 10% world...

« Fear is the foundement of most governements »

Le jeu en solo vous occupera un bon moment, puisqu'entre les multiples missions annexes, l'histoire principale, les challenges et autres, vous en aurez pour une petite quarantaine d'heures si j'en crois mon chrono Steam, ce qui est très honnête pour un jeu 2012. Le multi n'ayant pas spécialement changé depuis sa première apparition, il est toujours aussi plaisant, stimulant, et peut vous bloquer un bon paquet d'heures supplémentaires.

Bref, peu de déchets dans un jeu d'une saga toujours aussi passionnante, mais ces déchets commencent à être envahissants, surtout quand ils finissent par directement influence le gameplay de façon extrêmement négative. Ajoutez à cela une fin « syndrome Mass Effect 3 », et au final, peu d'innovations, vous obtiendrez un jeu très honnête, certes excellent divertissement, avec des milliers de détails sur lesquels vous irez chercher des informations dans des vraies encyclopédies si vous en avez la curiosité, mais au final, ma conclusion ne change pas foncièrement de mon article d'il y a un an : il faut du renouveau, une amélioration sur le moteur graphique, ou bien la saga va finir par se planter, car la curiosité intellectuelle ne suffira plus pour chercher à surmonter des bugs stupides afin de connaître la suite.

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