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Alki, le 21/03/2012

Mass Effect 3

Rarement un jeu m'aura laissé aussi perplexe. Fan inconditionnel de la série depuis le premier, j'attendais cet opus final avec une fébrilité incommensurable, abreuvé par des trailers ayant tous plus de gueule les uns que les autres. D'autant que pour la première fois dans la saga, on allait pouvoir se battre sur Terre. Défendre Londres d'une infestation extraterrestre, ça a quand même plus de gueule que sur une planète perdue des systèmes terminus, non ?

La guerre des étoiles

Pour les deux du fond qui n'auraient pas suivi l'actualité vidéo-ludique de la dernière décennie, Mass Effect est un space-opéra à la Star Wars se déroulant sur trois épisodes. L'humanité a découvert relativement récemment des moyens de se déplacer très vite dans l'espace, grâce à une technologie extra-terrestre, appelée Mass Effect. Suite à ses premiers vols d'exploration spatiale, l'humanité à rencontré les autres espèces intelligentes de l'espace concilien (qui consiste en fait uniquement de notre galaxie), dirigé par un conseil interracial sur la Citadelle, une sorte de capitale de la Voie Lactée.

On y incarne le (ou la, ME n'est pas sexiste) Commandant(e) Shepard, soldat de l'Alliance Terrestre, l'armée humaine. Détail important, on a la possibilité d'importer le personnage qu'on jouait dans le 1 dans le 2, et donc le personnage qu'on jouait dans le 2 au 3. Ça renforce le côté roleplay pour le joueur, par la continuité, et si du 1 au 2, le personnage repartait quand même de zéro (ce qui était logique, puisqu'il mourrait au début), ici, on reprend du niveau où l'on s'était arrêté dans le 2.

Dans le premier opus, on y découvre une menace pour l'ensemble des races de l'espace concilien, les Moissonneurs, une race ayant l'habitude désagréable de venir exterminer les races intelligentes tous les 50 000 ans, et on repousse leur première attaque. Dans le deuxième, on meurt dès la première cinématique, puis on est ressuscité par une organisation pro-humaine nommée Cerberus aux objectifs plus qu'obscurs. Encore une fois, Shepard et ses alliés multi-raciaux contrecarrent les plans Moissonneurs, malgré un scepticisme de l'ensemble des organisations galactiques, qui par une bureaucratie auto-suffisante, passe plus de temps à mettre des bâtons dans les roues de notre héros qu'à l'aider, d'autant qu'il était mort, et qu'il revient à la vie, travaillant dans un groupuscule armé à la réputation sulfureuse.

Les troupes du vaisseau des étoiles

Vient alors le troisième épisode. Vous êtes arraisonné par l'Alliance, pour une raison inconnue (connue, en fait, et c'est l'un des gros problèmes du jeu, mais j'y reviendrai plus tard), et la Terre est attaquée. Ça y est, c'est la merde, les gens sont bien obligés de nous croire, maintenant qu'ils crèvent par millions. On vous envoie donc à contrecœur dans l'espace, chercher du soutien parmi les autres races. Débute alors le grand jeu de la diplomatie où l'on accepte de t'aider si tu règles ça, puis ceci et enfin ce dernier truc.

Dans cette ultime aventure, on est bien évidemment aidé par nos anciens amis, tout d'abord, comme Liara l'Asari, Garren le Turien ou encore Tali la Quarienne. Mais surtout, on est aidé par les diverses races à la suite de longs efforts et de décisions diplomatiques, et c'est d'ailleurs l'objectif. Car tout au long du jeu, vous bâtirez une gigantesque flotte interraciale, plus ou moins puissante en fonction de vos actions, de vos choix et de vos alliés, dont la puissance ne sera vue qu'à l’assaut final.

La randonnée des étoiles

Mass Effect, c'est avant tout un univers, l'un des backgrounds les plus incroyables de ces dernières années. Chaque personnage a une histoire, chaque race un passé, chaque groupe une culture. C'est une gigantesque histoire dont vous êtes le héros. Mis à part les séries de Blizzard, comme Warcraft ou Starcraft, je ne vois pas d'autre univers de fiction ayant autant eu de crédibilité, voire d'impact sur le joueur. Et si le niveau d'écriture a baissé depuis le premier, le jeu étant devenu plus un jeu d'action qu'un RPG, l'intensité scénaristique reste vraiment dans le upper-class de l'histoire des jeux vidéo. Et puis jouer à Mass Effect, c'est toujours l'assurance d'avoir une BO aux petits oignons. A noter la possibilité de jouer en VOSTF pour la première fois, bien que les doublages aient toujours été de qualité.

En termes de gameplay, on se rapproche plutôt du second opus que du premier. La difficulté reste relativement accessible dans le niveau Normal. Comme à l'accoutumée, vous partez en mission avec deux collègues que vous choisirez par vous-même dans votre équipage. Les combats sont pas très intéressants, mais l'interaction stratégique avec les coéquipiers est beaucoup plus utile que dans le 2, ou foncer comme un bœuf suffisait amplement. Ici, on choisit de façon plus subtile quel pouvoir va être utilisé par tel ou tel coéquipier, sur tel ou tel ennemi, vous permettant de concentrer votre feu sur un ennemi, avec des pouvoirs auquel il est sensible.

L'un des problèmes de gameplay les plus énormes vient de cette touche d'action complètement stupide. Je m'explique : paramétrée par défaut sur Espace, cette touche sert de touche « utiliser / charger / courir / sauter / se mettre à couvert », et je n'exagère absolument pas. Une seule touche pour 5 actions, usuellement divisées en au moins 3 ou 4 boutons. Résultat, appuyer dessus ne fait pas ce que vous aviez en tête un coup sur deux, même après plusieurs heures de jeu, au bout desquelles les commandes de base sont supposées être assimilées.

Autre point un peu chiant, même s'il a été réduit par rapport au 2, mais rendu plus désagréable d'une autre façon, c'est le « farming » d'exploration. Vous pourrez explorer les divers systèmes, pour trouver des ressources pour votre armée galactique, ou pour vous même. Dans le 2, il fallait faire toutes les planètes au scanner en recherche manuelle, envoyer X sonde par planète pour récupérer X ressources. 1 bonne minute par planète, nombre de sondes limité sur le vaisseau, et donc à ravitailler très régulièrement, 15 à 20 planètes par système, 20 à 30 systèmes : lourd, long et inintéressant.

Ici, c'est un peu différent, puisqu'on se balade dans le système en faisant des recherches en ronde autour du vaisseau. Donc, on passe son temps à cliquer dans le vide, espérant tomber sur un objet. Pas intéressant, mais facile. Cependant, le scanner alerte les Moissonneurs, qui débarquent donc au bout de X scans, rendant le système trop dangereux pour continuer l'exploration. Bref, même si on se sent motivé, ça dure rarement plus de 5 minutes, rapidement découragé par l'amplitude et l'ingratitude de la tâche.

La bataille galactique des étoiles

Puisqu'on est dans les problèmes, on va y rester. Vous avez la possibilité de choisir le mode de jeu dans lequel vous voulez jouer : soit vous voulez jouer de façon narrative jeu de rôlesque, où vous choisirez les dialogues, soit vous assisterez à des cinématiques, ou seules les décisions les plus importantes sont laissées au choix du joueur, façon action pure et dure. Seulement, à mon sens, comme je le disais plus haut, la qualité d'écriture est en baisse. Et très régulièrement, les options de dialogue sont bien trop manichéennes, soit « super gentil », soit « super méchant », sans vraiment avoir d'option intermédiaire. Quand on a été habitué à la qualité scénaristique Bioware, ça frustre.

Le meilleur exemple est l'histoire d'amour que le jeu permet de vivre avec ses équipiers. Quand les personnages choisis ne nous en parlent pas, ils nous ignorent complètement. Et quand on parle à des personnages secondaires de sexe opposé, on espère également mieux que des dialogues impliquant des sous-entendus sexuels relativement basiques.

Et viennent les deux plus gros soucis du jeu. Le premier, c'est les DLC (« down loadable content »), plaie salée au succès malheureusement pas démenti des dernières générations de jeu vidéo. D'autant plus désagréable quand les jeux sont édités par des boîtes comme EA, prêtes à tout pour grappiller du pognon partout où ils en trouvent. Résultat, on se retrouve avec des jeux « en kit », où on continue de payer après l'achat. Dans l'absolu, rien ne nous oblige à les acheter, puisqu'ils n'apportent que de légères améliorations, certes.

Cependant, dans le cas Mass Effect, c'est un peu différent. Plus tôt, je parlais du début du jeu, où l'on est arraisonné, sans trop savoir pourquoi, même si on a joué au 1, puis au 2, qu'on ait gardé le même personnage ou pas. En fait, la raison est connue, puisqu'elle est donnée dans un DLC nommé « L'arrivée », sorti récemment pour Mass Effect 2. Dans un jeu où l'histoire fait le jeu plus que le gameplay, payer 10 euros pour apprendre quelque chose dans la partie principale de l'intrigue est désagréable.

Mais EA / Bioware a réussi encore plus fort avec la sortie du 3e opus : un DLC payant le jour de la sortie du jeu, donnant encore une fois un accès à un personnage qui servira d'équipier, appartenant à une race éteinte, dernier vestige d'une extermination précédente par les Moissonneurs. C'est donc un personnage qui permet d'expliquer pas mal de choses dans l'histoire. On vient de payer un jeu 50 euros, qu'on est obligés de lancer par la plate forme dématérialisée d'EA, Origin, qui a reçu de façon entièrement méritée le prix du « système d'achat et d'utilisation de jeux dématérialisés la plus dégueulasse et sous-optimisée de ce début de 21e siècle », et ils nous demandent de payer 10 euros de plus pour du contenu essentiel qui était déjà disponible au lancement du jeu. Qui a dit « foutage de gueule » ?

Effet de masse

Enfin, le deuxième gros souci de ce jeu qui a fait couler beaucoup d'encre, c'est la fin. Je ne peux pas vraiment entrer dans les détails, sous peine de spoil de façon importante. En soi, la fin est plutôt propre, écrite de façon rationnelle. Elle suffit amplement pour le jeu que Mass Effect 3 est, si on le prend en tant que jeu isolé, et elle est même plutôt logique. Seulement, la plupart des joueurs de la saga ont passé environ une quarantaine d'heure par jeu, dépassant allègrement la centaine d'heures au total. Surtout que dans des jeux comme ça, l'implication émotionnelle du joueur est presque totale, puisqu'on choisit les dialogues, les amis, les relations, les prises de décision impliquant la mort de centaines de milliers de personnes, et les responsabilités qui en incombent...

Telle qu'elle est proposée, la fin est une trahison pour les fidèles de la saga, puisqu'elle clôt en 10 minutes et de façon un peu dégueulasse près de 130 heures de jeu dans un univers magique et des batailles épiques. Cependant, je ne regrette absolument pas cet investissement personnel, puisque même fini, ce space-opéra continue de me faire rêver. La meilleure façon de parler de ce jeu reste intime : soit on l'adore, lui pardonnant tous ses défauts, parfois pourtant franchement honteux, soit on le déteste. Dans les deux cas, un avis extérieur ou du recul aura du mal à changer quoi que ce soit à la première impression.

En ce qui me concerne, je ne peux que conseiller l'achat du jeu, mais il vaut peut-être mieux attendre un peu que le prix baisse, histoire d'avoir l'ensemble des DLC et le jeu pour le prix initial.

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