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Alki, le 03/04/2012

Le territoire des loups

J'ai fait deux erreurs en allant voir ce film : la première, c'est d'être allé au Gaumont, et la deuxième, c'est d'être allé au Gaumont. 7 euros 80 pour la place d'une purge de 2 heures en VF, c'est rude. Pourtant, ça promettait d'être intéressant, avec un Liam Neeson que j'affectionne, malgré une tendance à être vu dans des navets de façon récurrente ces derniers temps. J'y suis allé sans connaître le synopsis, et l'affiche, montrant un Liam au regard de guerrier dans un blizzard semblait accrocheuse.

Oh Alaska, where art thou ?

Ben tiens, j'vous le donne, le synopsis de Allociné :
« Comme beaucoup de ceux qui choisissent de vivre au fin fond de l’Alaska, John Ottway a quelque chose à fuir. De sa vie d’avant, il garde le souvenir d’une femme, une photo qu’il tient toujours contre lui, et beaucoup de regrets.
Désormais, il travaille pour une compagnie pétrolière et protège les employés des forages contre les attaques des animaux sauvages.
Lorsque le vol vers Anchorage qu’il prend avec ses collègues s’écrase dans l’immensité du Grand Nord, les rares survivants savent qu’ils n’ont que peu de chances de s’en sortir. Personne ne les trouvera et les loups les ont déjà repérés. Ottway est convaincu que le salut est dans le mouvement et que la forêt offrira un meilleur abri. Mais tous ses compagnons d’infortune ne sont pas de son avis et aux dangers que la nature impose, s’ajoutent les tensions et les erreurs des hommes. Eliminés par leurs blessures, le froid, les prédateurs ou leurs propres limites, les survivants vont mourir un à un. Ottway va tout faire pour survivre avec les derniers, mais quelle raison aurait-il de s’en sortir ? 
"Le Territoire des loups" nous entraîne aux confins du monde et d’un homme, à la découverte de ce qu’il y a en chacun de nous… »

Tout un programme ! Mais soyons francs deux secondes : le scénario, dans sa globalité, tient sur 4 fois moins de lignes que ça. L'histoire de sa femme et de l'avion sont uniquement des prétextes pour le survival, puisqu'on n'apprend rien sur sa femme, mis à part des scènes dans un lit avec lui, supposés représenter les interactions qu'il a avec le réel, et qu'on ne sait pas pourquoi d'un coup d'un seul, tous les salariés de l'entreprise pétrolifère montent dans cet avion.

Bref, ils montent dans l'avion, il se crashe, et y'a 7 miraculés qui s'en sortent sans la moindre égratignure. Alors là, en tant que spectateur, on s'attend à trois ou quatre piliers qui feront les bases du film : froid, manque de nourriture, relations humaines au sein d'un groupe de survivants, le dilemme de l'anthropophagie (se référer à l'histoire du crash de l'avion de l'équipe uruguayenne de rugby au milieu des Andes dans les années 70). Les classiques du genre, finalement.

Lupus carnivorus

Et bien non. Beaucoup trop éculés, ces clichés cinématographiques ! De tout le film, soyons honnêtes, la faim ne touche absolument pas nos protagonistes. Pas de cannibalisme ni le dilemme qui lui est lié, donc. Ils subissent quand même le froid, mais ils ont quand même du matériel relativement adapté, pour un crash d'avion. Et pour les relations humaines, le réalisateur a fait dans l'originalité holywoodienne : un patron suicidaire qui connaît l'élément et la chasse au loup, un taiseux amical, un père sentimentaliste, un black enveloppé, un repris de justice psychopathe qui n'a peur de rien et un gamin immature.

Bon, en résumé, on a deux piliers, mais sous-exploités. A la place, le scénariste a préféré tout miser sur les loups, en les faisant passer pour une espèce de métaphore dans laquelle ils représenteraient une force rétributrice de mère Gaïa, mi-monstres, mi-combattants respectant l'honneur guerrier humain, mais 100% écolos. Ces pauvres hommes qui tuent les leurs pour faire des forages de pétrole ayant crashé leur avion à proximité de leur tannière, l'occasion est trop belle !

Du coup, une fois l'avion crashé, la meute les observe, les traque, et surtout les massacre. Les loups ont une espèce de force et de taille dérangeante, si bien qu'on se demande tout le film s'ils sont mutants. C'est tout simplement affligeant. Après recherche, j'ai pu confirmer mes soupçons : effectivement, il est régulièrement arrivé que le loup attaque l'homme, surtout dans des cas ou certaines seraient devenue anthropophages, à cause des guerres et des cadavres leur fournissant des carcasses à dépouiller. Mais jamais une meute s'est acharnée, et surtout pas envers un groupe. Les humains attaqués n'étaient principalement que des enfants ou adolescents isolés.

Et pourtant, et pourtant, sans un remords, sans un regret je partirai

Et pourtant. C'est la seule façon qui me soit donnée de penser à ce film, quand j'y repense avec du recul. Vraiment, y'avait plein de bonnes choses à garder : une prestation majuscule de Liam Neeson, mais à l'instar de Schumi qui n'aurait jamais eu ses titres de champion du monde en R5, Liam ne peut pas faire plus que se tenir aux répliques débiles et aux indications de jeu sans interêt. Une photographie superbe avec des paysages magnifiques, puisque les films sont tournés en Alaska, avec tous les problèmes que cela peut causer. Et même les seconds rôles se démerdent plutôt bien ! C'est dire à quel point c'est frustrant de voir ces idées se transformer en navet.

Je ne sais pas d'où vient cette obsession pour les loups chez le réalisateur, mais cela suffit à ruiner ce qui aurait pu être un bon survival en territoire hostile à l'homme. Dommage, vraiment. Ah oui, et la VF est à jeter.

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