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JB & Alki, Paru le 23/01/13

DJANGO UNCHAINED
(Quentin Tarantino)

Affiche du film

Quentin Tarantino est l’un de ces rares réalisateurs à qui le talent permet d’osciller entre plusieurs genres cinématographiques, sans jamais en adopter un pour de bon mais en les révolutionnant tous indéniablement. Après avoir flirté durant ses débuts avec des gangsters tous plus atypiques les uns que les autres (Reservoir Dogs, Pulp Fiction & Jackie Brown), avoir escorté une mariée dans une épopée vengeresse (Kill Bill) et un cascadeur sadique dans sa quête assoiffée de violence, il semble maintenant décidé à s’approprier et mettre à sa sauce les heures sombres de l’histoire de l’humanité. Avec Inglourious Basterds, c’était le nazisme d’Hitler qui était la cible. Aujourd’hui, c’est Django Unchained qui lui sert de défouloir contre l’esclavagisme et le racisme environnant juste avant la guerre de Sécession aux USA.

Django, incarné par Jamie Foxx

Django, c’est un esclave noir séparé de sa femme à cause du commerce des esclaves entre les différentes plantations de la région. Lorsque le dentiste/chasseur de primes allemand King Schultz libère Django et qu’il lui demande de l’aider à retrouver les meurtriers qu’il recherche, l’ex-esclave va s’improviser cow-boy et va découvrir que cette profession lui va comme un gant !
Côté casting, on retrouve des habitués (Christoph Walz toujours brillant depuis Inglourious Basterds et Samuel Lee Jackson dont c’est le grand retour aux côtés de QT) et des nouvelles têtes (Jamie Foxx, Leonardo diCaprio et Kerry Washington pour ne citer qu’eux). Pour le coup, Jamie Foxx est extrêmement impressionnant et Di Caprio légèrement en retrait. Dans l'ensemble, une présence et une prestance du casting très imposante, où les comédiens démontrent une fois encore l’étendue de leur talent.

Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), propriétaire d’une plantation et amateur de combats de Mondingues

Passons maintenant aux choses un peu plus sérieuses : que vaut réellement ce nouveau film ? Est-il au niveau de ces prédécesseurs, et notamment d’Inglourious Basterds ? La première chose que l’on peut dire, c’est que la fibre tarantinesque est bien là. Les scènes d’action sont trépidantes, le sang gicle comme à l’accoutumée. De plus, et même si le scénario est pour le moins basique, la puissance des dialogues est caractéristique d'un Tarantino : noire, corsée, drôle et essentielle au film. Voir les personnages se balancer ces piques dans tous les sens est toujours un plaisir extraordinaire depuis Reservoir Dogs. Certaines répliques de Django sont déjà cultes ('I like the way you die, boy' ou 'D-J-A-N-G-O, the D is silent').
La BO, également, très Tarantinesque : variée (du rap dans un western, oui oui), évocatrice et frappant toujours au bon moment dans le film, est une merveille. Cela aide bien entendu à faire prendre la sauce, mais de la part de QT, le contraire nous aurait étonnés. Pas grand chose à ajouter sur ce point, le film est à voir ne serait-ce que pour l'expérience visuelle et auditive. De préférence en anglais, bien sûr, surtout quand on entend ce travail énorme que les acteurs ont fait pour avoir cet accent de cowboy du midwest si particulier.

On sent également l’héritage des anciens films : de nombreux parallèles peuvent notamment être trouvés avec Inglourious Basterds, les deux films pouvant être rangés dans le même panier. On ne donnera qu’un exemple :

[### ALERTE SPOILER ###] ONLa séquence où Schultz converse en allemand avec la femme de Django pour éviter de se faire comprendre des autres n’est pas sans rappeler la scène d’ouverture d’IB, dans la ferme de Mr LaPadite. L’habileté de Tarantino réside en partie dans sa faculté à mixer des scènes sérieuses et violentes avec d’autres à pleurer de rire et déjantées à souhait. Sa dénonciation sans précédent des agissements du Ku Klux Klan fait figure d’une des scènes les plus hilarantes du cinéma de Tarantino, et ce n’est pas peu dire ! A cela se mêlent des scènes tellement absurdes qu’on rit sans trop savoir pourquoi, simplement parce qu’effectivement, avant QT, personne n’avait osé. Personne n’avait osé saper un esclave libéré par un dentiste allemand avec un costume bleu pétant et ridicule à souhait pour aller casser les dents de ses tortionnaires.[### ALERTE SPOILER ###] OFF

Tarantino, encore une fois à son aise en cow-boy dynamité

Si on veut chipoter, on peut parfois trouver quelques longueurs dans le scénario de Django Unchained, quelques moments où on a le temps de se dire que ce n’est peut-être pas le meilleur Tarantino. Un autre (petit) souci de ce long-métrage : un gore excessif et inutile. Ok c'est un Tarantino, ok il y a la scène de la découpe d'oreille dans Reservoir Dogs, ou n'importe quelle scène de Kill Bill, mais toutes ces scènes étaient dans le genre, et faisaient partie du genre.
Seulement, là, ce n'est pas un film sur le genre de la guerre, c'est pas un film sur le genre de série Z, c'est un film hommage aux Western et aux Western Spaghetti. Citez-moi un western où vous voyez du sang gicler sur les murs. Pas évident, hein ? Mais bon, c'est du Tarantino. Sauf que là encore, c'est vraiment excessif. Certaines scènes sont vraiment violentes et trash (vraiment hein, un enfant devrait éviter ce film), et d'autres (celles de batailles aux armes à feu, surtout), frisent parfois le ridicule en termes d'hémoglobine.

Mais ça reste quand même du très haut niveau cinématographique, bien supérieur à toutes les platitudes qu’on a désormais l’habitude de voir sur grand écran. Déjà deux récompenses (Golden Globes du meilleur scénario et du meilleur second rôle masculin pour Waltz), et sans doutes d’autres à venir, du moins on l’espère !

Voici donc le nouveau crédo d’un des maîtres du cinéma moderne : dénoncer en ridiculisant à l’extrême, remodeler l’histoire à sa façon pour en sortir SON histoire, telle qu’il l’aurait voulue. C'est-à-dire drôle, juste, où les hommes lettrés viennent au secours des faibles et des opprimés. Alors on se demande maintenant quelle sera la prochaine cible de Tarantino, mais quelle qu’elle soit, on lui souhaite bien du plaisir.

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