JB. le 10/09/2011

Le conformisme au cinéma

Parce que la nouveauté, c’est toujours plus compliqué

L’été, la météo me force parfois à me détourner des occupations traditionnelles du vacancier, pour me reconduire dans des lieux que je fréquente quotidiennement après la rentrée. Cette année particulièrement, le manque de Soleil et un thermomètre dépassant rarement les 25°C m’ont poussé de nombreuses fois à franchir les portes vitrées de nos cinémas préférés. Et dans l’obscurité des salles climatisées, dévorant mon popcorn où mon pot de glace pendant qu’inlassablement le projectionniste jongle entre les bandes en sirotant son café, j’ai constaté avec tristesse que le cinéma périclite.

Non pas que le nombre de prétendus films fasse défaut, bien au contraire : nombreuses sont les personnes qui, croyant en leur talent de réalisateur ou de scénariste, s’essayent au septième art. Malheureusement, la réussite n’est pas toujours au rendez-vous, et ce malgré les sommes astronomiques mises en jeu. Je ne prétendrai pas avoir une culture cinématographique infinie. Certaines perles rares ont sans doute échappé à mon attention, et c’est pourquoi je m’efforcerai de ne pas apporter de jugement absolu et transcendant. Mais quelque soit leur origine, qu’ils soient considérés comme des « blockbusters » américains, des comédies dramatiques, des romances, des adaptations de livres, de jeux vidéo ou autres, les films que je vois aujourd’hui assènent et ressassent sans cesse les mêmes clichés. Et je ne parle pas seulement des scenarii, qui ne sont que des adaptations toujours moins étoffées d’une trame narrative unique et archi-usée. Les personnages, plats et manichéens, souvent pas très malins, me font m’interroger sur les capacités des scénaristes à sortir des ornières sécurisantes qu’ils se sont tracées. Les bandes originales … y’en a-t-il seulement plusieurs ? Je ne pense pas être capable de les différencier. Les effets spéciaux, les prises de vue, les dialogues, la mise en scène, les transitions … tout est pareil, recopié, réchauffé. Je ne peux pas dire que de tels films soient mauvais, certes. Ils sont juste déjà-vus.

Dès lors, on s’interroge. Pourquoi ce manque d’originalité caractérisé ? Et comment en est-on arrivés là ? Analysons plusieurs hypothèses :
1) Comme évoqué auparavant, les professionnels auraient-ils perdu leur inspiration ? En effet, au vu de toutes les adaptations de livres, de jeux vidéo, même d’autres films réalisés dans le passé, et de toutes les suites (et suites de suites) qui sont faites, on est en droit de se poser des questions. C’est si compliqué que ça d’inventer des histoires ? Apparemment oui.
2) Plus probablement, il pourrait s’agir de cette confortable impression de sécurité que tout un chacun éprouve à utiliser des ingrédients ayant déjà fait leurs preuves. Devant des implications financières si conséquentes, ne prendre aucun risque (et donc ne pas innover) assure des bénéfices acceptables pour un film médiocre. Mais après tout, quelle importance si ça n’a aucun relief ? Une bonne dose d’adrénaline, des effets spéciaux plus vrais que nature, des acteurs bodybuildés et des actrices sexy assurent quelques jours en tête du box-office et de belles vacances.

Ainsi la crainte des cinéastes devant l’inédit et l’original, leur peur de l’inconnu semblent inhiber leurs facultés à imaginer des films nouveaux, et qui vaillent le coup. Ces films qui littéralement nous transportent, qui nous prennent aux tripes et ne nous relâchent qu’à la fin du générique, avec la tête qui tourne et les mains qui tremblent. Ces films qu’on n’hésitera pas à acheter, rien que pour féliciter une nouvelle fois le réalisateur. Ces films pour lesquels on serait prêts à repayer pour les voir une deuxième fois, ou qu’au contraire on ne veut pas revoir, de peur que la magie s’en aille. Ces films dont on espère sincèrement qu’ils n’auront pas de suite.

comments powered by Disqus