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Alki, Paru le 24/10/12

Astérix et Obélix au service de sa Majesté

Affiche du film

Les films d'exploitation de la licence Astérix flairent en général bon le drame : après un premier épisode pas fabuleux de Claude Zidi était sorti l'excellent Mission Cléopâtre de Chabat, qui fait figure d'ovni dans la série cinématographique. Puis était sorti l'épisode Bling-bling des Jeux Olympiques, visiblement oubliable d'après les retours de l'époque. Alors quand le quatrième sort et que des amis vous le proposent, vous acceptez en ayant des sentiments contradictoires de peur et d'espoir, entre une crainte d'un remake du 3 et une apparition inespérée d'un nouveau Mission Cléopâtre. Alors, faux espoir ou vrai bon film ?

Alea jacta est.

Non. Autant casser le suspens et vous l'annoncer clairement tout de suite. Que ce soit clair, ce film n'est guère plus qu'une insulte à l'intelligence humaine, à la comédie à la française et à l'humour assez particulier dont nous, frenchies, faisons preuve. Alors, vous me direz, pourquoi je prends la peine d'écrire un article sur un film assez mauvais pour vous l'annoncer dès le deuxième paragraphe ? Pour plusieurs raisons, en fait : premièrement, j'ai besoin d'exorciser cette expérience traumatisante, de deux une argumentation ne peut pas être superflue et de trois, je suis payé au caractère, vous comprenez ?

Pour vous donner une idée, deux minutes m'ont suffi pour me sentir mal à l'aise : un générique affreux sur fond de jeu graphique - qui me semble n'être uniquement là que pour rassurer ceux qui ont pris l'option 3D - avec l'Union Jack, suivi du copié-collé, à la vignette près, de la scène des pirates qui se font rouler dessus par l'armada Romaine, dans laquelle on observe un Gérard Jugnot d'une pauvreté de jeu affligeante dans un Barbe-rouge se lamenter (de façon quasiment identique, et c'est l'un des soucis récurrents, mais j'y reviendrai) comme le fait son personnage dans la bande dessinée.

Voilà, deux minutes, approximativement, m'ont suffi pour comprendre que non, cela n'allait pas être un film acceptable. Le film en dure 109, soit 54,5 fois plus. Et croyez-moi, vous allez les voir (et surtout les sentir) passer. Alors, vous vous doutez bien, à ce moment là du film, on a envie d'y croire, parce qu'on vient quand même de lâcher entre 5 et 10 euros, donc on va pas partir maintenant, n'est-ce pas ? Alors on se dit que le film part lentement, mais que ça va vite aller mieux, qu'après tout, on a pas encore vu les stars du film, que l'intrigue n'a pas commencé, etc...

Odin et Mars sont dans un bateau...

Rassurez-vous ! En une heure et quarante-neuf minutes, vous aurez pleinement le loisir d'analyser les évolutions du film. Bien, par quoi allons-nous commencer ? Allons-y pour le scénario : basé en grande partie sur l'album « Astérix chez les Bretons », le script est pour le moins versatile. Tantôt complètement rigide, à en retrouver l'album à la vignette près (telle la scène introductive), tantôt en improvisateur, le réalisateur a de plus choisi d'implémenter sans transition des passages du volume « Astérix chez les Normands », ce qui, évidemment, n'a aucun rapport avec la trame principale. Ne sachant jamais trop sur quel pied danser, on se retrouve à mélanger les deux albums pour des raisons pour le moins obscures, tout cela étant agrémenté par une mise en scène d'une platitude et d'une tristesse à en crever.

La mise en scène, malgré les 61 millions d'euros de budget, a cependant d'autres tares : des décors en carton-pâte premièrement, d'une laideur rare et d'une cohérence pour le moins discutable (observez le village dans lequel vit la...reine, vous comprendrez), et ce malgré un tournage réalisé en Irlande offrant des cadrages de paysages superbes (ce qui rattrape un peu ce côté là, soyons magnanimes). Deuxièmement, des costumes et accessoires minables, laissant un doute planer sur la compétence de l'accessoiriste du film : Les déguisements sont plus écossais qu'anglais, les épées tirées au clair sont ridicules, les lances sont pas crédibles pour un sou et les blocs de plastique imitation pierre qui sont sensés représenter boulets ou menhir sont juste pathétiques. Et puis surtout, le film nous propose des effets spéciaux d'une nullité tout bonnement inconcevable en 2012, la palme revenant à cette scène « d’électrocution » supposée représenter l'amour à la fin du film.

Par Bélénos !

Et c'est là qu'on se dit que tout cela va peut-être être miraculeusement rattrapé par le désormais classique casting XXL pour cette licence : Édouard Baer, Gérard Depardieu, Fabrice Luchini, Catherine Deneuve, Guillaume Gallienne...Si jamais ça peut vous indiquer quelque chose, sachez que personnellement, le rôle qui m'a paru le mieux interprété, qui était le plus touchant ou crédible dans sa composition, c'est celui d'Idéfix. Oui, le chien. Il apparaît dans une scène seulement, 40 secondes à tout casser. Et bien, croyez-le ou non, il est à mes yeux l'acteur qui, de loin, s'est le mieux approprié son personnage. Si ça vous résume pas l'idée globale du paragraphe suivant, essayez de repérer l'ironie habilement dissimulée.

Bien. Hormis Depardieu qui est troublant de naturel (et soyons clairs, ça n'a rien d'un compliment à la vue du rôle qui lui est confié), absolument tous les acteurs sont à côté de la plaque. Ou bien ce sont les personnages affligeants. Ou bien même parfois les deux ! Le jeu d'acteur et sa direction font réellement peine à voir : entre tous ces acteurs incarnant des bretons qui sont forcés d'avoir un accent anglais proprement ridicule, Baer qui est autorisé à faire du Baer tout le long du film, oubliant qu'il est supposé être Astérix, Luchini qui lui n'est pas autorisé à faire du Luchini, transformant ce qui aurait pourtant pu être un César grandiose en un pauvre hère presque forcé à lire chaque bulle de la bande dessinée, le personnage de Goudurix (incarné par Vincent Lacoste) qui est proprement à baffer...Alors oui, vous voyez, Goudurix, c'est encore plus vicieux que ça : le concept du personnage est de vouloir le baffer. Mais il est tellement mal interprété, que ça vous donne envie de le baffer parce que il est pas à baffer comme il aurait dû l'être, vous me suivez ?

Tu quoque, mi fili !

Et puis viennent les personnages qui ne sont pas présents dans la BD : la Reine, Ophélia, Miss Macintosh...Respectivement incarnées par Catherine Deneuve, Charlotte le Bon, Valérie Lemercier, tous ces personnages sont lourds, inutiles, et ne servent que de prétexte à des histoires d'amour dont l'utilité me dépasse visiblement. En fait d'histoire d'amour, on a surtout le sentiment désagréable que ces rôles de compositions n'ont été rajoutés que pour la bonne et simple raison que le réalisateur (ou la production, que sais-je) voulait du Guest-starring.

Déjà très présent dans Astérix aux Jeux Olympiques, il devient ici presque l'objectif du film. En témoigne la présence de Jean Rochefort dans une scène où il vient dire quatre phrases à César en tant que Sénateur, le menaçant de surveiller étroitement ses comptes. Et il ne revient pas. Ou encore cette apparition des BB Brunes, qui viennent faire le groupe de rock fashion, et accessoirement leur promo, j'imagine. Et du coup, l'adaptation du volume des normands dans l'adaptation d'astérix chez les bretons prend effectivement tout son sens : Dany Boon, le cht'i, l'ami du peuple, a donc son rôle sur mesure !

Et Paindépis ! Vous me pardonnerez l’acronyme vulgaire et angliciste, mais WTF ? Qu'est-ce que c'est que ce personnage soit-disant indien (ou pakistanais, l'histoire ne le dit pas) qui suit les héros tout le long du film afin d'immigrer illégalement en Angleterre ? En plus d'être malsaine, mal et sur-utilisée tout au long du film, cette analogie du problème politique de l'immigration clandestine indienne et/ou pakistanaise au Royaume-Uni depuis les années 70 n'a rien à foutre dans une adaptation d'Astérix et Obélix ! Si le petit gaulois était connu pour être un recueil de BD qui dénoncent ouvertement les évolutions et leurs enjeux que rencontrent nos sociétés contemporaines, ça se saurait, non ?

Veni, vidi, vici.

Comme vous pouvez le constater, on a presque fait le tour. Finalement, reste une question en suspens : Astérix et Obélix au service de sa Majesté étant une comédie de type très familiale, est-ce drôle ? Non. Remarquez, ça aurait pu, par l'absurde, mais même pas, ou alors très involontairement. Les dialogues étant d'une profondeur toute relative, l'humour qui en découle est effectivement destiné aux 3-6 ans, ce qui, par effet direct, lui fait rater le coche de la comédie familiale.

Les blagues sont prévisibles, lourdes, nulles. Le film ne m'a jamais arraché ne serait-ce qu'une moitié de sourire, sauf si l'on prend en compte le moment lorsque mes nerfs ont lâché, à un quart d'heure de la fin, pour me laisser éclater de rire dans le cinéma au beau milieu d'une scène qui n'était même pas prévue pour. Et j'ai beaucoup ri après le film. Surtout après le film.

Bref. Dans l'idée, vous l'aurez compris, ce film est évitable. Il n'y a strictement rien, pas le moindre truc à sauver. Au mieux, il vous mettra à jour votre maître-étalon des daubes cinématographiques, comme il l'a fait pour moi. la pauvreté insondable de ce film ne mérite aucune pitié et/ou tendresse. La critique globale de la presse nationale étant suspicieusement complaisante à son égard (même Télérama le snob en a été rendu à mettre 4 étoiles), n'hésitez pas à faire tourner l'information afin d'éviter d'autres pièges dans mon genre ! Donner de l'argent, et par voie de conséquence crédibiliser ce genre de projet ne peut que être catastrophique.

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